Nouveau Classement de Saint-Emilion: Valandraud va-t-il décrocher l’ultime récompense?

Jean-Luc Thunevin.
Krister Bengtsson
Publié 08-avril-2021
Interview

Jean-Luc Thunevin assume toujours son statut de « Bad Boy » de Saint-Emilion. A 70 ans, il est prêt pour un nouveau challenge: obtenir la plus haute distinction du prochain classement de Saint-Emilion, en 2022, pour le château Valandraud.

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« Je crois vraiment qu’on le mérite », estime-t-il.

Vendredi dernier, nous avons parlé au téléphone avec le négociant atypique qui n’en demeure pas moins un véritable vigneron. Jean-Luc Thunevin est bien occupé en ce moment avec son nouveau cuvier/chai bio-climatique, intégré avec harmonie, au milieu de son vignoble à l’est de Saint-Emilion.

« Tout le monde est d’accord pour que Figeac soit promu Premier Grand Cru Classé A… Mais si d’autres peuvent être promus comme Bélair, Canon, La Mondotte, Troplong-Mondot, Clos Fourtet… Pourquoi pas château Valandraud? Je pense que nous avons travaillé le dossier comme il faut. »

Contrairement au célèbre classement de 1855 sur la rive gauche, le classement de Saint-Emilion est décennal, donc remis en cause tous les dix ans. Tous les vins sont dégustés à l’aveugle et les critères de terroir, de prix et de réputation sont aussi pris en compte. Si la mise à jour du classement en 2006 a été en proie à des batailles juridiques, la version du classement de 2012 a survécu, malgré les défis.

Il y a trois niveaux : Grand Cru Classé; Premier Grand Cru Classé B and Premier Grand Cru Classé A. Aujourd’hui, seuls 4 propriétés sont classées A: Ausone, Cheval Blanc, Angélus et Pavie. A noter que ces deux derniers ont été promus « A » en 2012.

Château Valandraud est l’une des 14 propriétés qui a été retenu comme Premier Grand Cru Classé « B » depuis le dernier classement en 2012. Malgré les controverses, Jean-Luc Thunevin est un fervent supporter de ce classement garant de forte valeur ajoutée pour Saint-Emilion.

« Ce type de classement actif élève non seulement la qualité mais aussi la notoriété comparé à la rive gauche. C’est une approche moderne et cela mesure équitablement votre travail, indépendamment que vous ayez hérité ou que vous avez de gros moyens issus d’une autre vie professionnelle. »

Murielle Andraud & Jean-Luc Thunevin.

A ses débuts, Jean-Luc Thunevin n’était ni du sérail, ni bordelais. Jean-Luc, issu de « Pieds-Noirs » originaires d’Algérie, est donc né en Algérie. A l’indépendance de l’Algérie en juillet 1962, lui et sa famille sont venus en France: une question de survie! Jean-Luc y a commencé, dans ses jeunes années, comme DJ! Puis il s’installe à Saint-Emilion et commence comme caviste avant de devenir négociant en 1988. Du négoce à la production, il n’y avait qu’un pas à franchir. Lui et sa femme Murielle Andraud achètent alors une petite parcelle de vignes. Finalement, c’est en 1991, date clé, que sort leur premier millésime sous le nom de Valandraud (« Val » pour vallée, vallon - la typographie des parcelles et « Andraud », nom de sa belle famille).

Pensez-vous que votre motivation est due au fait que vous êtes un outsider?
« Oui ! Effectivement car les français sont paradoxaux. Ils n’ont pas de problème avec l’argent, ni avec la terre s’ils en héritent… Le problème, c’est moi car je suis un « pied-noir » né en Algérie. J’ai donc, comme tout « Pied-noir », été arraché à ma terre d’origine. Mais en venant ici à Saint-Emilion, je suis tombé amoureux de cette nouvelle terre. Notez qu’il y a des locaux qui pensent que je ne devrais pas vivre ici. A ceux-là, je leur dis: j’ai choisi de vivre ici, vous, vous êtes seulement chanceux d’être nés ici. »

Le nouveau chai.

Dans les années 1990, Thunevin est vite devenu le « bad boy », une sorte d’ « empêcheur de tourner en rond » grâce à une approche innovante, tout en faisant partie du mouvement des « vins de garages »: ces vins produits en faible quantité, dans des garages (ou salon) et qui ont obtenu des notes époustouflantes de la part de critiques vin, à l’instar de l’américain, Robert Parker. Conséquence, les prix se sont envolés très vite. Château Le Pin à Pomerol (sur le principe, un premier « garagiste » avant l’heure) en est un bon exemple avec bien entendu, château Valandraud à Saint-Emilion.

Affranchis du poids des traditions, Thunevin et ses amis ont adopté de nouvelles techniques telles que des vendanges en vert, le pigeage, des fermentations malolactiques en barrique,… jusqu’à élaborer des vins blancs à Saint-Emilion. Ses agissements, dans un esprit « électron libre », ont fait volé pas mal de plumes et cela lui plaisait bien. Jean-Luc Thunevin a porté fièrement l’étiquette de « bad boy » jusqu’à en faire une marque qui porte ce nom.

« Finalement, mon histoire montre qu’un mec sans argent peut réussir à faire du vin dans un garage » dit-il avec du recul.

Bad Boy.

Aujourd’hui, Bordeaux se bat sur un marché global où d’autres terroirs, d’autres styles sont devenus très à la mode. Malgré tout, Thunevin y voit encore beaucoup d’opportunités.

« Je crois que Bordeaux est de retour. Le problème de Bordeaux résulte de son orgueil et les consommateurs sont fatigués de ça. C’est de l’ancien monde! Aujourd’hui, il y a plein de bons Bordeaux à 10€ mais il faut croire que nous manquons de compétences pour les mettre en marché, sans compter certaines étiquettes pas assez fun. Vous devez faire rêver, être capable de vendre une véritable histoire! »

La recherche de vins plus frais, plus légers par les amateurs de vin n’échappe pas à Bordeaux. Thunevin le dit de Valandraud: « La concentration des toujours la même, ce qui change c’est le pH Plus frais grâce aux terroirs et des boisés peu perceptibles bien que les vins soient toujours élevés en bois 100% neuf. »

Les notes de Valandraud attribuées par les critiques sont en hausses et si vous lisez ce post sur le blog de Jean-Luc, vous verrez que sa motivation se renforce à chaque nouvelle bonne note. Malgré tout, c’est l’amateur de vin qui reste le seul juge et le facteur qui importe le plus.

« Vous savez, c’est une bonne journée car aujourd’hui deux clients, dont un vivant en Inde ayant acheté nos vins par Millésima, ont écrit pour dire que château Valandraud était exceptionnel! On veut toujours faire mieux et c’est gratifiant quand nos consommateurs sont satisfaits. »

« Les gens qui font du vin oublient souvent que les amateurs les achètent pour avoir du plaisir. »

Jean-Luc Thunevin.

Après 30 ans à faire du vin à Saint-Emilion, Jean-Luc Thunevin a vraiment réussi et gagner son pari. Il possède plusieurs châteaux dans le bordelais, un domaine dans le Roussillon (qu’il a en co-propriété) sans oublier une société de négoce avec un portfolio garni de belles marques et références.

Qu’est-ce qui vous motive aujourd’hui?
« Le jeu! On va jouer la classification pour passer en Premier Grand Cru Classé « A ». »

Que ferez vous si vous n’obtenez pas le rang de « A » à la prochaine classification?
« Je serai bien content pour B. Du coup, on re-tentera dans 10 ans notre candidature. J’aurai alors 80 ans. Si je suis en bonne santé, je serai toujours au boulot. »

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